mardi 21 août 2018

Bonjour vieillesse

Un très beau texte de Bernard Pivot :

J'aurais pu dire :
Vieillir, c'est désolant, c'est insupportable,
C'est douloureux, c'est horrible,
C'est déprimant, c'est mortel.
Mais j'ai préféré "chiant"
Parce que c'est un adjectif vigoureux
Qui ne fait pas triste.
Vieillir, c'est chiant parce qu'on ne sait pas quand ça a commencé et l'on sait encore moins quand ça finira.

Non, ce n'est pas vrai qu'on vieillit dès notre naissance.
On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant.
On était bien dans sa peau.

On se sentait conquérant. Invulnérable.
La vie devant soi. Même à cinquante ans, c'était encore très bien... Même à soixante.

Si, si, je vous assure, j'étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.
Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps j'ai vu le regard des jeunes...
Des hommes et des femmes dans la force de l'âge qui ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge.

J'ai lu dans leurs yeux qu'ils n'auraient plus jamais d'indulgence à mon égard.
Qu'ils seraient polis, déférents, louangeurs mais impitoyables.

Sans m'en rendre compte j'étais entré dans l'apartheid de l'âge.

Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants. "Avec respect", "En hommage respectueux", "Avec mes sentiments très respectueux".

Les salauds ! Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect ? les cons !

Et du "cher Monsieur Pivot" long et solennel comme une citation à l'ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !

Un jours, dans le métro, c'était la première fois, une jeune fille s'est levée pour me donner sa place...
J'ai failli la gifler. Puis en la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué.!!!...?

- "Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J'ai pensé que".
- Moi aussitôt : "Vous pensiez que ?"
- "Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir".
- "Parce que j'ai les cheveux blancs" ?
- "Non, c'est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ça a été un réflexe, je me suis levée".
- "Je parais beaucoup... beaucoup plus âgé que vous" ?
- "Non, oui, enfin un peu, mais ce n'est pas une question d'âge".
- "Une question de quoi alors ?"
- "Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois".
J'ai arrêté de la taquiner, je l'ai remerciée de son geste généreux et l'ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.

Lutter contre le vieillissement c'est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien.

Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l'amour, ni au rêve.
Rêver, c'est se souvenir tant qu'à faire, des heures exquises.
C'est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent.
C'est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l'utopie.

La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce.
J'aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l'adagio du Concerto no 23 en la majeur de Mozart, soit, du même, l'andante de son Concerto en ut majeur, musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l'au-delà.

Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés.
Nous allons prendre notre temps.
Avec l'âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement.,
Nous ignorons à combien de temps se monte encore notre capital. En années ? En mois ? En jours ?
Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital.
Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération.
Après nous, le déluge ? ... Non, Mozart.

Voilà, ceci est bien écrit, mais cela est le lot de tous, nous vieillissons !...
Bien ou mal, mais le poids des ans donne de son joug au quotidien.

Bernard Pivot.







mardi 10 avril 2018

La fin d'une civilisation

La dernière reine d'Ayiti
Elise Fontenaille
Roman

Guaracuya vit dans une île paradisiaque des Caraïbes où les habitants vivent heureux et en harmonie avec la nature et ce qu'elle leur donne. Il est le neveu de la reine Anacoana surnommée Fleur-d'Or et la suit partout, admiratif et dévoué. Il a tout juste 15 ans et va bientôt les rites de passage à l'âge adulte.

Un matin de 1492, un voilier apparaît, commandé par deux frères, Christophe et Bartholomé Colomb. Ils sont accueilli comme des amis par le peuple Taïnos qui leur offre tout ce qu'ils ont de meilleur et les considère avec curiosité mais bienveillance, sur l'ordre de la reine.

Les navigateurs, repartent, puis reviennent, plus nombreux. Ils veulent de l'or, toujours plus d'or et forcent les Taïnos à travailler pour eux, sous peine de torture et de mort. Ils sont vulgaires, grossiers, violents et ne respectent rien. Quelques Taïnos réussissent à s'enfuir et rejoindre Guaracuya dans une lointaine grotte où il a trouvé refuge après avoir été témoin de l'exécution de la reine.

Le peuple Taïnos diminuant de façon drastique, les navigateurs ramènent des esclaves noirs en provenance d'Afrique, qu'ils font travailler de manière aussi brutale que leur Taïnos. Certains Noirs réussissent à s'enfuir aussi et rejoignent Guaracuya et les quelques Taïnos restant. 

Guaracuya nous raconte sa vie idyllique dans sa tribu et l'anéantissement de celle-ci, provoquée par les Conquistadores. Ce livre est choquant par la violence de ces envahisseurs qui considèrent ce peuple comme des animaux et non des hommes et ne respectent pas plus la nature que les Taïnos, leur reine, les chefs de tribu ou le peuple.

Je vous reporte ici les dernier chapître intitulé "Quelques chiffres et données".
"En 1492, Christophe Colomb débarque à Ayiti, qu'il nomme Hispaniola ; d'après Bartholomé de Las Casas, à cette date, il y avait dans l'île plus d'un million de Taïnos... Quarante ans plus tard, il n'en restait plus un seul ; ils avaient été tous exterminés.
Mauvais traitements, tortures systématiques, travaux forcés, exclavage, épidémies...
Un million d'êtres, doux et accueillants, beaux et non violents, hautement civilisés, qui vivaient en paix chez eux, et n'avaient jamais nui à personne...
En moins d'un siècle : anéantis.
C'est ce qu'on appelle un génocide réussi.

Guaracuya-Enriquillo, le neveu d'Anacaona, mena la dernière révolte des Taïnos et accueillit dans les montagnes les premiers esclaves en fuite...
En souvenir de lui, en hommage, les Haïtiens ont donné son nom à un lac.
(...)"

Après cette lecture, on a besoin de temps avant de commencer un autre livre....




samedi 3 mars 2018

Le convoyeur du IIIe Reich

 Le convoyeur du IIIe Reich
C.J. Box
Roman

Paul Parker, avocat proche de la retraite est embarqué de force à bord d'un vieux pick-up. Alors qu'ils roulent, qu'une tempête de neige se prépare, les ravisseurs rappellent à Paul de quoi il s'agit : une affaire d'héritage auquel le juge n'a pas donné suite faute de preuves.

L'histoire remonte à la seconde guerre mondiale et paraît incroyable.

Il s'agit là d'un tout petit livre, l'histoire elle-même fait une soixantaine de page. Elle est suivie par une interview très intéressante de l'auteur. Il nous apprend que si l'histoire est fictive, sa source provient d'une photo véritable, reproduite à la fin du livre. 

Voici cette photo, plutôt étonnante, retrouvée sur le net. 

© Charles Belden Collection, American Heritage
Center, université du Wyoming

Pouvoir créer une histoire à partir d'une photo est une chose qui m'épate vraiment. Et dans ce cas, cette photo historique, rare et étonnante semble trouver une explication dans ce récit très intéressant.


lundi 26 février 2018

L'héritage de tata Lucie
Philippe Saimbert
Roman

Quatrième de couverture
Tata Lucie est une emmerdeuse. De son vivant ce n’était pas une sainte mais, une fois morte, elle se surpasse pour pourrir la vie de sa famille. Le testament est clair : pour toucher l'héritage, ses neveux doivent s’installer avec toute leur famille dans la maison de la défunte. Et ce n’est pas un palais ! Tata Lucie leur a réservé une autre surprise, une sorte de chasse au trésor rocambolesque, les pieds dans la boue. Bienvenue à la campagne ! C'est certain, les chers neveux ne vont pas s'ennuyer et, au cœur du Béarn, ils sont entraînés dans une aventure qu'ils ne risquent pas d’oublier... Mais que ne ferait-on pas pour toucher le pactole ? Comique de situation, dialogues savoureux et coups de théâtre s’enchaînent jusqu'au final orchestré par la chère tata Lucie. Un dénouement forcément étonnant.

Raconté par un adolescent de 14 ans entraîné par ses parents dans cette aventure, ce récit est une comédie particulièrement truculente, dont les personnages forts en caractère et à la limite de la caricature nous font bien rire. Un livre pour tout ceux qui veulent se détendre sans se creuser les méninges.




mercredi 21 février 2018

L'accompagnatrice

L'accompagnatrice
Nina Berberova
Roman, traduit du russe

Sa mère donnait des leçons de piano et lui a transmis son savoir. Dans la Russie de 1919, dans le froid et la misère, elles vivent toutes deux très chichement. Jusqu'au jour où Sotchenka reçoit la possibilité de devenir accompagnatrice d'une grande cantatrice Maria. Lorsque celle-ci fera des tournées, voyagera, partout Sotchenka la suivra et vivra dans son ombre. Personne ne la remarque, elle se sent très seule et veut découvrir le secret de Maria afin de la faire tomber de son piédestal. Cette femme toujours heureuse, elle lui souhaite tout le malheur possible. Car Maria a tout : un mari, un homme qui l'aime, une carrière à succès, des admirateurs, et elle, Sotchenka n'a que ce surnom, Sotchenka. Ce qui est triste, c'est qu'elle n'agit pas haine, mais par solitude, pour essayer d'exister....


samedi 17 février 2018

La fille de Brooklyn

La fille de Brooklyn
Guillaume Musso
Roman

Raphaël est follement amoureux d'Anne, qu'il connaît depuis 6 mois. Ils vont bientôt se marier. Il se rend compte qu'en fait, il en sait très peu sur elle, et lui demande si elle n'a vraiment aucun secret pour lui. Et là, Anna lui montre une horrible photo, et lui dit "c'est moi qui l'ai fait".  Raphaël est choqué, ne sait comment réagir et prend la fuite en voiture.

Rapidement il se reprend et fait demi-tour pour lui demander des explications, essayer de comprendre. Mais voilà, Anna a disparu, ses affaires abandonnées chez elle, et elle ne répond pas au téléphone. Raphaël est sûr qu'il lui est arrivé quelque chose et, à l'aide de son voisin et ami, un ancien flic, va remonter la piste du passé d'Anna.

Un bon policier comme en fait Guillaume Musso, ni plus ni moins. On se laisse prendre par l'histoire et le suspense qui grandit. Un bon petit roman pour les vacances.

dimanche 4 février 2018

Les règles d'usage

Les règles d'usage
Joyce Maynard
Roman

Quatrième de couverture :
Wendy, treize ans, vit à Brooklyn. Le 11 septembre 2001, sa mère part travailler et ne revient pas. L'espoir s'amenuise jour après jour et, tandis que les affichettes DISPARUE se décollent, fait place à la sidération. Le lecteur suit la terrible prise de conscience de Wendy et de sa famille, ainsi que leurs tentative pour continuer à vivre. Mais comment avancer dans ce monde complètement chamboulé, privé des règles d'usage qui ponctuaient son existence ?

Le chemin de la jeune fille la mène en Californie chez son père biologique qu'elle connaît si peu - et idéalise. Assaillie par les souvenirs, Wendy est tiraillée entre cette vie inédite et son foyer new-yorkais auprès de son beau-père et de son petit frère. Elle délaisse les bancs de son collège et, chaque matin, part à l'aventure, faisant d'étonnantes rencontres : une mère adolescente, un libraire clairvoyant et son fils autiste, un jeune à la marge qui recherche son frère à travers le pays. Ces semaines californiennes aideront-elles Wendy à faire face à la nouvelle étape de sa vie ?

***

Un livre tellement émouvant qu'il vous prend aux tripes, qu'on ne peut plus le lâcher et qui vous reste encore en tête longtemps après l'avoir fini. Personnellement, je n'ai pas pu commencer tout de suite le livre suivant tellement celui-là m'a touchée. C'est un gros coup de coeur et je ne saurais que vous le recommander vivement.